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  • Christophe

Culte participatif du 06 décembre 2020




Ce dimanche, pour la deuxième fois de l’année, nous avons vécu une expérience communautaire un peu spéciale, puisque le message du culte a été préparé par des paroissiennes et des paroissiens.




Le 25 octobre dernier, j’avais distribué la « parabole des ouvriers de la onzième heure », en demandant aux paroissiens de me faire parvenir leurs idées sur ce texte. L'invitation a également été publiée sur ce blog (voir article du 25 octobre 2020). J’ai reçu une dizaine de réponse et, comme la première fois que j’avais testé cette formule, je n’ai pas été déçu.


Certains m’ont envoyé des réflexions très argumentées, avec des références vers d’autres passages de la Bible ou vers d’autres livres. D’autres m’ont livré le fond de leur cœur, en écrivant naturellement les sentiments qu’ils éprouvent, en lisant cette parabole de Jésus.

Mais tous ceux qui m’ont envoyé quelque chose ont fait l’effort de la réflexion, dans le but de construire quelque chose ensemble. C’est quelque chose de beau, parce que je n’ai reçu que des réponses de qualité !


En fait, chacune de ces dix personnes m’a apporté une brique. Moi, je les ai assemblées avec un peu de ciment et ce matin, j’ai pu montrer pendant le culte ce que nous avons bâti tous ensemble …

Un grand MERCI à ceux qui se sont lancés et qui ont participé au chantier !


Lecture : Matthieu 20, 1-16


Jésus disait :

« Voici à quoi ressemble le royaume des cieux.


Un maître de maison sortit tôt le matin afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.

Il se mit d'accord avec eux sur le salaire à leur payer, une pièce d'argent par jour, et les envoya dans sa vigne.


Il sortit de nouveau à neuf heures du matin et en vit d'autres qui se tenaient sur la place, sans rien faire. Il leur dit : “Allez, vous aussi, travailler dans ma vigne et je vous donnerai un juste salaire.” Et ils y allèrent.


Le maître de maison sortit encore à midi, puis à trois heures de l'après-midi et fit de même.

Enfin, vers cinq heures du soir, il sortit et trouva encore d'autres hommes qui se tenaient là. Il leur demanda : “Pourquoi restez-vous ici tout le jour sans rien faire ?”

“Parce que personne ne nous a engagés”, répondirent-ils.

Il leur dit : “Eh bien, allez, vous aussi, travailler dans ma vigne.”


Quand vint le soir, le maître de la vigne dit à son contremaître : “Appelle les ouvriers et paie à chacun son salaire. Tu commenceras par les derniers engagés et tu termineras par les premiers engagés.”

Ceux qui s'étaient mis au travail à cinq heures du soir vinrent et reçurent chacun une pièce d'argent. Quand ce fut le tour des premiers embauchés, ils pensèrent qu'ils recevraient plus.

Mais on leur remit aussi à chacun une pièce d'argent.

En la recevant, ils critiquaient le maître et disaient : “Ces ouvriers engagés en dernier n'ont travaillé qu'une heure et tu les as payés comme nous, qui avons supporté la fatigue d'une journée entière de travail sous un soleil brûlant !”

Mais le maître leur répondit :

“Mon ami, je ne te cause aucun tort. N'as-tu pas convenu avec moi de travailler pour une pièce d'argent par jour ? Prends donc ton salaire et va-t'en. Je veux donner à ce dernier embauché autant qu'à toi. N'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon argent ? Ou bien es-tu jaloux parce que je suis bon ?”


Ainsi, ajouta Jésus, les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. »


Message (lu par le diacre, lors du culte du 6 décembre 2020)


Le 25 octobre, en vous donnant le texte de cette parabole, je vous ai aussi remis deux questions, pour vous permettre d’orienter un peu vos réflexions. Nous y reviendrons.

Mais j’ai constaté, en lisant vos commentaires, que vous posiez aussi vos propres questions.


D’une manière très pragmatique, vous vous demandez si le maître a rencontré des ouvriers qui auraient refusé d’aller dans sa vigne …

Vous vous demandez selon quels critères le maître aurait pu sélectionner les candidats ...

Vous vous demandez pourquoi le maître fixe d’avance le salaire des premiers (une pièce d’argent), alors qu’aux suivant il ne promet qu’un juste salaire, sans articuler de chiffre ...

Vous vous demandez pourquoi le contremaître reçoit l’ordre de payer en premier les ouvriers embauchés en dernier …


Mais surtout, vous réagissez presque tous au sentiment d’injustice que cette parabole nous inspire. Alors quoi ? Il suffirait de travailler seulement pendant une heure pour avoir droit au même salaire que ceux qui ont trimé toute la journée, sous un soleil de plomb ?

Si on comprend que, dans la parabole, le maître de la vigne c’est Dieu, que le contremaître c’est Jésus, que les ouvriers c’est nous et que le domaine à travailler c’est notre monde, … alors qu’est-ce que c’est que cette façon de traiter les ouvriers ? Ce serait ça, la justice de Dieu et l’enseignement de Jésus ?


Justement, ce côté choquant de la parabole, rejoint la première question que je vous posais.

Et c’est très intéressant de lire que vous n’y répondez pas tous de la même manière.


Il y a des philosophes, parmi vous, qui disent : « cette parabole illustre l’injustice de la vie, mais c’est comme ça. A la naissance, la charge que chacun reçoit à porter, n’est pas égale, il faut l’accepter ».

Un autre dit : « Cette parabole semble défier la logique humaine. De nos jours, un tel employeur se retrouverait assez vite devant un tribunal ou il ferait faillite. »

J’ai lu aussi : « Le monde du travail, tel que le décrit Jésus, a peu de points communs avec notre économie moderne. De nos jours, rares sont ceux qui attendent sur les places qu’on vienne les embaucher … A l’époque, où cette pratique était courante, on peut imaginer quelle était l’angoisse des travailleurs : ils ne savaient pas, en se levant le matin, s’ils trouveraient du travail, ni combien d’heures ils travailleraient, ni combien ils recevraient comme salaire.

Mais, comme dit un autre : « il reste qu’un travail égal devrait engendrer un salaire égal. »


Alors surgissent encore d’autres questions comme pour celui qui m’écrit : « La parabole ne dit pas ce qui se passe le lendemain. Le maître trouve-t-il des ouvriers très tôt le matin, s’ils savent qu’en commençant le travail à 17 heures, ils recevront le même salaire ?

Mais le maître sera-t-il aussi généreux le lendemain ? Viendra-t-il encore chercher des ouvriers, à 17 heures le lendemain ? »


Enfin, j’ai reçu aussi une analyse très pertinente sur la relation entre travail et salaire :

« Dans notre monde, dit cette personne, le salaire ne dépend pas toujours de l’intelligence, ni du niveau de formation de l’employé, ni du nombre d’heures effectivement travaillées. Le mérite du travailleur ne se calcule pas seulement à la quantité de travail effectué, mais aussi à la qualité de son travail. »

C’est vrai quand je pense qu’en une journée, Roger Federer gagne plus d’argent que moi en dix ans !

La même personne rappelle encore que "Jésus n’est pas allé chercher ses disciples chez les scribes ou les pharisiens. Les premiers qu’il a choisis étaient des pêcheurs ! Pour Jésus, la qualité du cœur prime sur le niveau d’instruction. Et cette parabole ne signifie pas que nous devons accepter l’injustice sociale. Au contraire. Il faut « essayer de changer ce qui peut l’être, savoir accepter ce qui ne peut pas être changé et être assez intelligent pour faire la différence entre les deux ! »


Mais cette apparente injustice, celle de la parabole, n’a pas découragé la plupart d’entre vous. Tous ceux qui m’ont écrit ont bien senti qu’il y avait autre chose à découvrir, dans le discours de Jésus.


Voici quelques extraits de vos commentaires :

« Cette parabole, et l’injustice qu’elle révèle, me dérangent. Mais connaissant Jésus, c’est certainement voulu pour nous forcer à réfléchir ! »

Un autre : « Finalement, ces ouvriers ont tous le même but : c’est nourrir leur famille. Alors si c’était une chance de pouvoir travailler dès la première heure et pouvoir ainsi se débarrasser très tôt de ce souci ? »

Un autre dit : « Avec une lecture basée sur nos règles humaines, si on a comme référence le droit du travail, alors cette histoire peut sembler injuste. Mais Jésus vient casser l’échelle de nos valeurs. Dieu vient à la rencontre de tout homme qui l’attend et qui est prêt à répondre à sa proposition. Et à la fin, un salaire égal pour chaque homme, ça rend les hommes forcément égaux ! »

Un autre encore : « Plutôt que de focaliser sur l’injustice dans cette parabole et sur les différences, ce qu’on peut retenir, c’est que le maître va à la rencontre des ouvriers.

Il renouvelle sans cesse sa démarche. Chaque ouvrier trouve sa place dans la vigne et, finalement, chacun reçoit un juste salaire. Le maître tient ses promesses envers chacun. Il faut comprendre que chaque ouvrier a rencontré le maître au bon moment, au moment où justement, il cherchait du travail. Le besoin de Dieu, a intervient à des moments de la vie qui sont différents pour chacun.

Un autre enfin m’écrit : « Dieu ne promet pas une comptabilité juste des salaires, mais il offre beaucoup mieux que ça : il s’engage à donner à chacun ce qui est suffisant pour lui ! A défaut de justice, les ouvriers découvrent la bonté de Dieu. C’est de cette manière que Dieu est juste, en étant généreux. »


Ce qui a mis la puce à l’oreille de plusieurs d’entre vous, c’est la première phrase de Jésus. S’il commence par dire : « Voici à quoi ressemble le royaume des cieux », c’est qu’il y a un message caché. Entendre la parabole au premier degré ne suffisait pas …


Une autre partie que j’ai trouvé très intéressante en lisant vos commentaires, c’est l’interprétation que vous faites du salaire, de cette pièce d’argent que le maître distribue à chaque ouvrier. Même si vos avis sont théologiquement assez proches, vous l’exprimez de manières très différentes. Voici quelques exemples :


« Cette parabole, qui parle du Royaume des cieux, doit surtout nous ouvrir les yeux sur le salaire. C’est une chose qui est complètement hors normes pour des cerveaux humains, puisqu’il s’agit de la grâce de Dieu. »

Un autre écrit : « La pièce d’argent représente le salut. Il n’y a qu’un seul salut et il est le même pour tous ceux qui l’acceptent. C’est ça la justice et l’égalité dans cette parabole : il n’y a pas de petit ou de grand salut, il n’y a pas de demi-salut ni de double salut. Chacun reçoit la même chose. »

Un autre encore : « Si le salaire représente la vie éternelle, alors il est logique que cette récompense ne puisse pas être morcelée … Pourrait-on distribuer des morceaux d’éternité ?

Dieu ne favorise ni ne lèse personne. Il ne marchande pas sa grâce, parce qu’elle est offerte à tous. »

Et un quatrième m’écrit : « Pour moi, la récompense, c’est le pardon des péchés. Ça me fait penser à la parabole du fils prodigue : le frère aîné, c’est celui qui a travaillé toute la journée dans la vigne et qui estime mériter bien plus que son frère. Pourtant, c’est pour le deuxième fils que le père organise une grande fête, lorsqu’il revient … »


Vous voyez : la grâce, le salut, la vie éternelle, le pardon des péchés, des interprétations différentes, mais qu’on pourrait peut-être regrouper en un seul mot : l’Amour de Dieu.

C’est son amour inconditionnel pour les hommes qui pousse le Seigneur à nous offrir généreusement tout ce que vous avez cité. Et surtout, comme le précise l’un d’entre vous :

« Le maître ne laisse personne de côté. Il tient ses promesses envers chacun. »


La deuxième question que je vous posais était celle de l’actualisation de cette parabole. Quelle(s) leçon(s), peut-on tirer de cette affaire, pour nous même et pour notre société d’aujourd’hui ?


Voici quelques-unes de vos réponses.


Une première : « En tant qu’ouvrier au service du Seigneur, je devrais me contenter de la récompense que Dieu me promet. J’aurais tort de regarder ce que le voisin a reçu, pour vérifier qu’il n’a rien reçu de plus que moi. »

Une deuxième : « La bonté de Dieu nous invite à accueillir l’autre dans sa différence, à reconnaître son prochain comme un « collègue, ouvrier comme nous dans l’humanité ». »

Une troisième : « Le maître embauche continuellement, parce qu’il y a tellement de travail que les premiers ouvriers ne suffiront pas. Alors Dieu engage sans arrêt des renforts. C’est ce qu’il fait encore aujourd’hui … »

Encore une autre : « Est-ce que les croyants qui se sont donnés toute leur vie au service de la paroisse ne pourraient pas être un peu jaloux de ceux qui découvrent la foi à 70 ans et qui changent de vie à ce moment-là ? Surtout si, pendant les 70 premières années, ces personnes ont vécu égoïstement, sans jamais rien faire pour les autres … »


Et une autre réflexion qui va un peu dans le même sens :

« Comme les ouvriers de la vigne qui consacrent plus ou moins d’heures à leur travail, certaines personnes laissent plus ou moins de place à Dieu dans leur vie. Certains sont fidèles toute leur vie et d’autres seulement quelques années. Mais Dieu, lui, offre le même amour à chacun. Il donne sans compter : pas besoin d’une carte Cumulus pour gagner des points dans le cœur de Dieu ! » Et cette personne ajoute : « J’ai beaucoup de chance que le Seigneur ne calcule pas, parce que je reçois tous les jours beaucoup de sa part, beaucoup plus que le temps que je lui consacre. »


Et encore une dernière : « Cette parabole devrait être précieuse aux yeux de ceux qui considèrent que le travail des hommes n’est qu’une valeur marchande. Un bon maître sait ce dont ses ouvriers ont besoin, il veille à leurs conditions de travail. Un mauvais maître ne le sait pas, ou il l’ignore sciemment, en ne cherchant que son propre profit. »


Parmi les personnes qui m’ont fait part de leurs réflexions, peu se sont risquées à expliquer le dernier verset : « ceux qui sont les derniers seront les premiers et ceux qui sont les premiers seront les derniers ». Je vous accorde que cette phrase de Jésus n’est pas simple et qu’elle a choqué des générations de chrétiens.


L’un d’entre vous m’a dit quand-même :

« Ah, cette fameuse phrase, les premiers seront les derniers …., je l’ai entendue si souvent pendant toute mon enfance, pendant toute ma vie … Aujourd’hui, je la comprends mieux.

Ça signifie que ceux qui semblent favorisés au départ n’ont pas toujours une vie facile par la suite ! ». C’est une façon de voir les choses.


Pour beaucoup de théologiens, ce dernier verset est un avertissement que Jésus adressait directement à ses disciples, un avertissement qu’il pourrait nous adresser aujourd’hui.

En gros, il leur dit : « Ce n’est pas parce que vous avez fait partie des premiers que vous aurez droit à des privilèges. Ne vous sentez pas supérieurs aux autres, sous prétexte que vous êtes mes amis et mes proches. Car certains, parmi ceux que vous considérez comme les derniers, deviendront les premiers. »


En d’autres termes : « Ceux qui font preuve d’un grand orgueil spirituel sont très éloignés de l’enseignement de Jésus. Au contraire, ceux qui font preuve d’humilité face au message de l’Evangile sont ceux qui sont les plus proches du Royaume des cieux ».


En ce deuxième dimanche de l’Avent, il n’y a pas de meilleure façon de préparer nos cœurs à la venue du Messie : soyons humbles, conscients de nos responsabilités, mais sans jugement sur les autres et sur le monde.

Qui sommes-nous pour définir à quoi devrait ressembler un juste salaire ?

Qui sommes-nous pour dire si l’attitude du maître est juste ou injuste ?

Et qui sommes-nous pour désigner qui mérite d’être le premier ou le dernier ?...


La seule chose importante, c’est au moment où Dieu nous appelle, d’accepter d’aller travailler dans sa vigne.

Et à Noël, nous recevrons tous le même cadeau !


Prière


Seigneur, envoie sur nous ton Esprit.

Nous te prions pour notre Paroisse, pour les personnes qui en ont la responsabilité, pour ceux qui composent notre communauté comme pour ceux qui vivent autour …

Donne-nous la force et le courage d’avancer sur les chemins que tu proposes.

Envoie des ouvriers dans le monde pour qu’ils fassent rayonner ton amour, pour être les témoins de ta grâce.

Donne-nous assez de foi pour accepter la mission que tu nous confies et assez de détermination pour franchir les obstacles.


Nous te prions spécialement pour les délégués au Synode de l’Eglise réformée vaudoise, qui se réuniront en visio-conférence vendredi et samedi prochain. Inspire les décisions qu’ils devront prendre, pour le bien de chacun et pour la prospérité de ton Eglise.


En cette période bouleversée, nous te prions toujours pour les malades, pour ceux qui les soignent et pour ceux qui les soutiennent.

Nous pensons aussi aux familles en deuil, dans notre paroisse et ailleurs. Cette année, dans ces conditions particulièrement difficiles, vivre une séparation est plus que jamais une épreuve. Donne à ceux qui sont tristes la consolation et la sérénité.


Seigneur,

Tous les jours tu viens à notre rencontre et tous les jours, tu nous envoies dans ta vigne.

Donne-nous d’entendre ton appel et que nous ayons les forces nécessaires pour y répondre.


Amen.



Christophe Schindelholz

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